Formations : PNL - Systémique - Process Communication - Coaching
Peter : La parution de NLP World marque l’avènement de l’ère de la PNL. NLP World se propose de servir la communauté PNL mais son titre reflète aussi le besoin pour cette communauté de prendre une dimension mondiale. Ceci est une bonne occasion de se redemander ce qu’est la PNL.
Jan : C'est le moment ! Nous avons de grandes attentes et de hautes aspirations à son sujet, mais bien souvent la PNL ne correspond pas à ses idéaux. J'en veux pour preuve les querelles récentes au sein de notre Association la plus représentative. Avez-vous lu la lettre de démission du président de la NAANLP ?
Peter : Oui mais à quelle part de la lettre faites-vous allusion ?
Jan : Je cite : " Ceci est un cri d'alarme ! Il est temps de redéfinir et d'affiner quelles sont les valeurs et les fondements essentiels de la PNL et pour toute association qui la représente."
Peter : Ainsi, une fois encore, la communauté PNL nous met face au défi de rechercher quelles valeurs et croyances nous portons et comment nous pouvons nous mettre en accord avec elles.
Jan : La PNL a toujours essayé d'offrir un méta-modèle nous permettant d'explorer nos modèles de la réalité. Un de nos présupposés, La carte n’est pas le territoire, nous invite à faire la différence entre la réalité et notre représentation de cette réalité, entre nos descriptions et explications de l’expérience et l’expérience elle-même. Nos présupposés décrivent la nature et la forme de nos cartes et en sont donc la part essentielle.
Peter : Mais sans doute ne considérons-nous pas ces présupposés avec assez d'attention. Il est tellement commode de s’identifier à sa propre carte - en ce qui nous concerne - celle de la PNL.
Jan : Pour moi il y a une certaine sagesse qui a été perdue. Cependant si nous pouvons appliquer la PNL à elle-même, nous en tirerions une discipline plus riche et plus pleine de sagesse. Je crois que certains de nos présupposés apportent à la PNL à la fois sa force et ses faiblesses.
Peter : Je pense que nous devrions faire la différence entre les présupposés explicites tels que les apprend un élève praticien et ceux, implicites, dont nous n'avons même pas à être conscients.
Jan : En effet, la question importante est de savoir quels sont les présupposés que nous utilisons en relation avec le présupposé de la PNL. Quels sont ceux implicites qui fondent ceux qui sont explicites. Et, en relation avec certains présupposés implicites, devons-nous modifier ceux qui sont explicites ?
Peter : Je pense que connaître nos objectifs en PNL devrait nous apprendre quelque chose sur les présupposés. Quel est le vrai but de la PNL ?
Jan : « To Never Lower Prices for training » disent certains ! ( Ne jamais baisser les prix des formations )
Peter : « Noisy Loving in Paris » selon d’autres ! (Amour bruyant à Paris)
Jan : Plus sérieusement, une des définitions habituelle est : l'étude de la structure de l'expérience subjective.
Peter : On peut dire que c’est une définition satisfaisante. La PNL offre un modèle de découverte qui privilégie les questions plutôt que les réponses. Elle invite chacun d'entre nous à reconsidérer, en ouvrant grandes les fenêtres, notre propre expérience et celle de nos compagnons êtres humains. Cela présuppose qu'il y a une structure cohérente à l'expérience subjective et nous invite à mettre l'accent sur la recherche des structures plutôt que sur le contenu. Cette définition explique l'éclectisme de la PNL qui, littéralement, applique sa méthodologie à la découverte des structures, chez les autres, utilisées lors de leur exploration de l'expérience.
Jan : Oui, cela fait de la PNL une vaste chapelle qui accepte et utilise de nombreux modèles de la réalité. La distinction entre la carte et le territoire nous permet d'entrer dans une vision du monde pour essayer de la comprendre et de la modéliser puis de s ' en éloigner pour gagner une place d’où cette vision peut être comprise en relation avec les autres. C'est ainsi que des modèles apparemment contradictoires peuvent coexister sous le parapluie de la PNL
Peter : Je me demande quels autres méta modèles existent et comment la PNL peut entrer en relation avec eux ? Y a-t-il un méta modèle des méta modèles ? Notre ère est celle du relativisme. Il y a beaucoup de jeunes disciplines qui relisent en position méta leurs propres activités : la linguistique comparée, l'étude comparée des religions, de la littérature, la sociologie, l'anthropologie etc. L'une ou l'autre d'entre elles comme par exemple le structuralisme ont même tenté de se placer en méta par rapport à comment nous pensons. Mais à mon avis, la PNL est la seule discipline ayant appliqué le relativisme de la pensée moderne à une étude pragmatique de la structure elle-même de l'expérience.
Jan : Dire que la PNL est l'étude de la structure de l'expérience subjective souligne que nous sommes essentiellement intéressés par la modélisation. Notons cependant que parler de structure est redondant en ce sens qu'il est difficile d'imaginer une quelconque étude qui ne s'intéresse pas à la structure. Quoi qu'il en soit, la modélisation à partir de la "deuxième position" dans laquelle on s'identifie à l'autre demande, comparativement, peu d'outils d'analyse des structures.
Peter : De la même manière, le mot subjectif est redondant puisque toute expérience est par nature subjective. Une meilleure définition pourrait être "Etude de l’expérience humaine". La modélisation des fourmis ou des anges n'est pas nécessairement en dehors du champ de recherche de la PNL, mais celle-ci demeure avant tout une discipline centrée sur l’homme. Cette définition pourrait rendre la PNL encore plus universelle. Chacun explorateur qui étudie de l’intérieur ce phénomène particulier de la vie fait potentiellement de la PNL.
Jan : Cela conduit à se demander ce qui fait la particularité de la PNL. Pour moi il n’est pas facile de dire si la PNL est un modèle ou un méta modèle. Les formations de praticiens vont de l’un à l' autre, offrant parfois des outils pour identifier et examiner le modèle de la réalité d'une personne ou d'un groupe et parfois un modèle particulier ou un mélange de modèles provenant des recherches de l'un ou l'autre des développeurs. Si nous traitions prioritairement la PNL comme un méta modèle, qu'enseignerions-nous ?
Peter : Sans doute de plus nombreux modèles et moins de contenu sur le comment modéliser et créer des modèles. Je me demande jusqu’à quel point notre enseignement de nombreux modèles PNL peut aider le futur praticien à effectuer un "chunk up" afin d'identifier ce qu'il y a de commun dans les modèles et d'être ainsi capable de mieux modéliser et par conséquent être capable de créer de nouveaux modèles.
Jan : Ceci rejoint l'opinion de certains, comme David Gordon, pour qui il faudrait mieux séparer les outils et les éléments qui permettent de créer des modèles, des applications qui ont pu dériver de ces modèles.
Peter : En effet, et David revient aussi aux présupposés qui sont sous- jacents dans le nom même de "Programmation Neuro- Linguistique". La métaphore de départ est celle de l'homme-machine. Des publications ou titres récents semblent nous maintenir encore dans cette métaphore si laide: " Académie de la technologie du comportement" ou "Design Human Engineering".
Jan : La PNL des origines est marquée par la pensée de Newton désormais dépassée : un programmateur (non impliqué) agit sur un sujet.
Peter : Oui, la présence d'un observateur non participant (méta-personne) dans les séminaires d'apprentissage ne change rien à cela, car le programmateur est sensé intégrer le rôle d'observateur comme faisant part de son statut de programmateur afin de maintenir une certaine objectivité tout en accompagnant le sujet. La relation demeure de manière implicite, linéaire.
Jan : Le programmateur est supposé programmer le sujet comme s'il s'agissait d'un ordinateur. Cela est implicite dans le terme même de "programmateur", l'ordinateur étant la machine la plus sophistiquée qui soit, capable de remplacer l'homme même dans les processus de pensée répétitifs et fastidieux. Notre ordinateur est Neuro-Linguistique.
Peter : Pour moi, ces mots "Neuro-Linguistique" ne tiennent pas compte de la conscience participant à l'action, réduisant la personne à sa neurologie et au langage. On ne tient pas compte de ce qui organise le langage en réduisant la personne qui s’exprime ou qui écoute à une espèce de boule de billard faite d'atomes sensoriels s'entrechoquant les uns les autres ou formant des chaînes moléculaires que nous appelons les stratégies.
Jan : N'oublions pas cependant que cette conception mécanistique a débouché sur certaines des contributions majeures de la PNL à l'étude de l'expérience humaine, à travers l'importance accordée à l'observation sur des bases sensorielles et à la volonté de l'explorer systématiquement. Une grande part du succès de la PNL provient de sa recherche constante d’identification des structures cohérentes dans le monde complexe de l'expérience. Cela nous a donné ce qui demeure encore aujourd'hui un apport essentiel de la PNL: les stratégies et les sous-modalités. Malheureusement, cette rigueur est parfois sacrifiée par la mise en relief de concepts plus larges comme les niveaux logiques avec le danger, parfois, de négliger les stratégies et le méta-modèle. II faudrait éviter de jeter le bébé avec l'eau du bain.
Peter : II est sans doute important de considérer l'importance de l'accent mis sur l’observation sensorielle qui est la base de notre épistémologie. Examinons le passage suivant du livre écrit par les pionniers de la PNL - DILTS, GRINDER, BANDLER et DELOZIER : " En Programmation Neuro-Linguistique la conscience est considérée simplement comme étant le résultat des intensités de l'activité à l'intérieur de nos systèmes sensoriels. Elle est considérée comme indicative de comment un système de représentation est utilisé plutôt que comme une entité en elle-même, comme dans beaucoup d'autres approches. En PNL, la conscience est considérée comme une propriété émergente de l’activité du système neurologique et non pas comme l'initiatrice de cette activité. Dire que notre conscience contrôle ou joue un rôle dans nos comportements revient à dire que des propriétés telles que l’humidité ou la glace contrôlent ou jouent un rôle dans la structure des molécules de H20 et dans leur combinaison, alors que c’est justement la structure moléculaire et son état qui déterminent ces qualités de l’état de l’eau. La conscience est une résultante et un indicateur de ce qui est en train de se produire au niveau des processus de représentation. *
Devons-nous conserver cette définition de la conscience telle quelle ? De nombreuses recherches récentes en PNL semblent s'en éloigner. Le processus d'identité ou "Core Transformation Process" développé par Connirae ANDREAS semble confirmer ce que beaucoup ont continué de penser à travers les ages, à savoir qu'il y a un niveau de l'expérience humaine qui se situe sur un plan spirituel ou transcendant et ayant une influence capitale. Ces niveaux sont-ils le résultat de l'activité neurologique ? Et si oui, comment le saurons-nous?
Jan : Par son retour à l'inspiration de Bateson, DILTS semble lui aussi s'éloigner quelque peu de la vérification à base sensorielle. La notion de niveaux logiques plus élevés, les croyances et les valeurs et plus encore l'identité et le niveau spirituel peuvent suggérer que les opérateurs sensoriels du modèle SOAR sont influencés par des niveaux plus élevés organisant la conscience-intelligence.
Peter : II est difficile d'imaginer que ces niveaux soient le résultat d'une activité neurologique ou physiologique. Ce serait comme dire qu'une maison est le résultat d'un tas de briques. Je pense que mettre l'accent sur la prééminence de facteurs spirituels nous rapproche de la pensée de Bateson parlant de la nécessaire unité de la pensée et de la nature. On pourrait dire que corps et esprit forment un même système cybernétique mais aussi que nature et pensée font partie d'un même système cybernétique. Nous sommes part de la nature comme elle est part de nous.
Peter : Si notre discipline intégrait le présupposé qu'il y a une sorte de conscience-intelligence implicite en nous et dans la nature, cela changerait radicalement son éthique.
Jan : Et cela conférerait une nouvelle dimension à certains des plus anciens modèles. Lorsque nous disons que les gens ont toutes les ressources dont ils ont besoin, qu'ils ne sont pas cassés, que tout comportement a une intention positive, nous reconnaissons ce sur quoi nous fondons notre travail de changement avec les gens : ils ont en eux une tendance innée ! L'équilibre est au bien être qui émergera si l'opportunité est présente.
Peter : Des personnes qui s'élèvent au niveau de leurs valeurs essentielles rencontrent inévitablement des expériences de cohérence existentielle et d'unité qui sont profondément et intrinsèquement réelles et pleines de sens pour elles. Dire que même ces expérience-là reposent sur des bases sensorielles devient une non-explication réductrice. Vient alors la question difficile : comment des éléments d'un niveau élevé de notre expérience peuvent résulter d'une simple expérience sensorielle ? Quoi qu’il en soit, la question essentielle n’est pas de savoir ce qui est vrai, compte tenu du fait que cela s’appuie sur des présupposés qu'on ne pourra pas démontrer. A ce niveau nous parlons de cartes du monde différentes. La vraie question sera de savoir quel présupposé donnera les meilleurs résultats et quel sera l'effet sur la PNL de donner une priorité à l’un ou l’autre de ces présupposés, la conscience comme un épiphénomène de l'activité neurosensorielle, ou la conscience-intelligence inhérente à la nature humaine et à la nature en général ?
Jan : Pour moi il y a plus d’humanité dans la « nouvelle » PNL. Si je me mets à la place de quelqu'un dont la position fondamentale est la « première » PNL, je vois un scientifique jonglant avec des atomes et des électrons. Tout fonctionne car les éléments de notre expérience qui lui donnent son sens et sa valeur proviennent d’éléments arbitraires. Si je me mets dans la position de quelqu'un adoptant la nouvelle façon de penser, je me trouve dans un monde plus chaleureux, fait de connections vivantes et de relations humaines. Je me trouve dans un monde expression de qualité et de valeur et orienté vers la recherche de la qualité et de la valeur.
Peter : Je sais celui que je préfère tout en reconnaissant une place pour l'autre. Pour moi, nous empruntons la route des métaphores mécanistiques qui font de la PNL une approche relativement "mentale" de l'expérience humaine. Si je compare la PNL à mon expérience de la thérapie Rodgerienne telle que je l’ai pratiquée avec la fille de Carl Rodgers, je suis étonné de voir à quel point la PNL est "mentale". Nous disposons d'un modèle essentiellement cognitif dans lequel la plus grande part du travail se fait dans la tête. Les gens sont en relation les uns avec les autres de manière relativement plaisante mais à travers les mots. La valeur de mots comme coeur ou amour ne font pas facilement partie d'un paysage commun. Le fait d'organiser une conférence dont le thème est : "La PNL, un chemin qui a du coeur" semble indiquer que nous sommes conscients d'un certain manque de coeur dans la PNL. Je pense que nous sommes face à un défi : réintroduire dans le monde de la PNL les sentiments humains.
* Voir aussi Robert DILTS « Application of Neuro-Linguistic Programming », in Roots of Neuro-Linguistic Programming, Cupertino : Meta Publications, 1983 : « Pour la Programmation Neuro-linguistique, le phénomène de la conscience est caractérisée par l’action d’être conscient d’un stimuli sensoriel interne ou externe. Le principe de la définition PNL est que la conscience est une propriété émergeante de l’activité psychologique, plutôt qu’une activité en soi »
Jan : Lorsque nous éprouvons des sentiments forts, nous sommes plus habitués à en parler que véritablement les vivre, surtout lorsque nous portons le chapeau PNL ! Nous savons être sensibles aux besoins de l'autre, nous pouvons être honnêtes, mais il peut nous arriver d'être effrayés lorsqu'il s'agit de gérer nos propres sentiments. Avec comme résultat que certains praticiens et même des enseignants ont l’idée que tout sentiment un peu fort doit être évité, recadré ou être traité par une interruption de schéma. L’idée que certaines personnes puissent vivre une émotion comme le chagrin ou de la douleur et que même ils puissent préférer les vivre, être dedans, les explorer et leur permettre de suivre leur cours naturel est quelque chose que certains formateurs vivent inconfortablement.
Peter : Nous savons par notre travail avec certains des modèles thérapeutiques de la PNL que derrière la plupart des problèmes il y a de profondes peurs, colères et tristesses. Et pourtant, nombreux sont ceux qui, en PNL, n'ont pas encore affronté leur « nemesis » ou leur propre ombre.
Jan : D'une certaine manière, ceci est particulièrement vrai pour des formateurs. Une fois qu'ils ont atteint un certain niveau de savoir et de compétence en PNL, ils semblent souvent renoncer à enseigner la PNL, mais il n’est pas évident de savoir comment ils utilisent la pratique et les principes de la PNL pour leur propre développement. Si vous ne faites qu'enseigner la PNL, vous allez passer à côté de certaines choses. Nous enseignons la transformation, mais l'appliquons-nous à nous-mêmes ?
Peter : De nombreux formateurs en PNL en sont à nier leurs propres limitations et leurs propres sentiments. Ils présentent un grand "show", un soi « sans coutures » est sur le devant de la scène, tandis que le soi intime est un amoncellement de contradictions. Parfois les personnes du monde de la PNL ne prennent pas la bonne position perceptuelle ou alors, ne l'explorent pas assez complètement. Cela semblerait indiquer que nous en savons d'avantage sur un certain idéal sans savoir comment mettre cela en pratique. Je me demande s'il y a quelque chose dans le modèle PNL qui rend difficile pour certains, dans notre communauté, l’auto-évaluation honnête et la prise des mesures nécessaires pour grandir en tant que personne.
Jan : Je pense que cela tient à la focalisation sur les comportements et sur les capacités plutôt que sur l'identité. Les formateurs en restent souvent à leur rôle qui n'est qu'un costume occasionnel que porte leur identité.
Peter : Et parfois nous semblons plus méta commenter et analyser ce qui est en train de se passer plutôt que d'être nous mêmes en communication avec d'autres.
Jan : Et nous revoilà à ces liens entre tête et coeur. Je pense que cela tient aussi à une certaine tendance à mal utiliser le cadre du "comme si". Le problème avec le présupposé "la carte n'est pas le territoire" est que vous pouvez avoir l'idée que si vous changez la carte le territoire sera lui aussi changé. On en arrive à penser qu'il suffit de faire « comme si », comme si vous saviez vraiment, comme si votre modèle était complet et réel, comme si vous étiez vraiment le maître de votre vie. Changez simplement vos sous-modalités et vous aurez transformé le monde. Parfois les résultats sont remarquables. Mais si le cadre du "comme si" crée un monde qui n'est pas en accord avec le monde "réel", qu'arrive-til aux omissions et transformations qui en résultent ? Redessiner la carte de l'Europe ne permet pas que le Portugal devienne la Pologne et vice-versa. Changer la carte ne change pas nécessairement le territoire. Certaines personnes dans notre communauté sont devenues incongruentes précisément parce qu’elles ont changé leur carte, ou se comportent comme s'ils l'avaient fait mais le territoire n'a pas vraiment changé, ni à l'intérieur d'eux-mêmes ni autour d'eux.
Peter : II y a aussi d'intéressants paradoxes dans nos modèles d'apprentissage. La PNL tend à promouvoir l'étude de l'expérience, mais les principaux porte-parole sont des "formateurs" suggérant une forme linéaire d’approche des comportements plutôt que l’instauration d'une communauté d'apprentissage. Ajoutez à cela les pressions commerciales pesant sur les centres mis en compétition qui les pousse à créer et protéger une propriété intellectuelle, souvent par des pseudo innovations que l'on s’efforce de breveter alors qu'en fait il ne s'agit que nouvelles relectures des travaux antérieurs. II se crée ainsi une distorsion entre le projet affiché de venir en aide et cette attitude qui pousse à s'attribuer des découvertes dans le domaine de l'expérience subjective.
Jan : La PNL me fait parfois penser à l'histoire de Dieu se promenant avec le diable. Dieu ramasse un morceau de papier. Le diable lui demande ce qui y est écrit et Dieu lui répond: " La vérité". Le diable réclame alors ce morceau de papier avec impatience en promettant à Dieu qu'il va "organiser la Vérité" ! En PNL, nous faisons parfois preuve d'une habileté "diabolique", mais on peut se demander si nous faisons preuve de sagesse. La PNL est-elle un modèle intelligent ou un modèle qui porte en lui une certaine sagesse ?
Peter : Mais qu'est-ce donc que la sagesse ?
Jan : C'est de savoir quand aller aux toilettes.
Peter : Et d'y aller effectivement !
Jan : C'est savoir se demander si ce que nous sommes en train de faire est approprié. Voila le lien qui devrait exister entre un vrai méta-modèle et la sagesse. Un méta-modèle devrait servir à rechercher à savoir ce qu'est le savoir et cette recherche crée un espace pour la sagesse.
Peter : Cet espace présuppose que la sagesse est déjà existante quelque part. Nous ne faisons que créer l'espace ou cette sagesse peut se développer.
Jan : J'aime bien l'idée de Bateson qui parle de la sagesse comme le fait de s'asseoir autour d'une table pour discuter des différences sans avoir comme objectif de les changer. Nous avons tendance aujourd'hui à vouloir agir sur ces différences en les modifiant. Cela risque de devenir un peu précipité.
Peter : La PNL a tendance à être vécue avec un esprit "aspirine". II y aurait une solution immédiate pour tout mal et si on met plus de dix minutes à trouver cette solution, ce n’est plus de la PNL ! II n'y a pas de bonnes raisons à faire durer un problème et la PNL, à sa naissance, a été utile en ce sens qu'elle nous a fait prendre conscience de cela : il n'y a pas de bonnes raisons de respecter nécessairement des techniques thérapeutiques longues et souvent sans résultats. Mais le présupposé que le changement doit être rapide et facile devient un refrain pesant. Si les choses durent, cela signifie-t-il que le praticien s'est trompé ? Pourra-t-on alors affirmer que la PNL n'est que du vent ? Du point de vue de la sagesse, nous avons une autre relation au temps: les choses arrivent au bon moment. Le symptôme est une partie de la structure de la personne et cette structure doit être respectée dans sa totalité. Reconnaître cela, c'est faire preuve de sagesse et c'est être sage que de travailler dans ce sens avec respect.
Jan : II y a un rapport entre sagesse et écologie au sens ou l'entend la PNL. Nous ressemblons parfois à ces "scientifiques analphabètes" critiqués par le père de Bateson. Pour eux il est plus facile de résoudre un problème que de le sentir. Si nous acceptons le modèle qui dit que toutes les parts d'un système sont interconnectées, et qu'une variation dans l’une ou l' autre des parts du système ne peut pas ne pas avoir d' influence sur les autres parts, cela devrait nous amener à intervenir avec prudence.
Peter : Nous parlons aussi de l'importance de l'élégance. Mais pouvons-nous dire que nous pensons de façon "poétique"? Pour bien des aspects, la PNL a modélisé la science, mais qu'en est-il de ses relations à l’esthétique ?
Jan : Je pense que si elle est vraiment un art, elle pourrait changer le monde.
Peter : La sagesse est importante maintenant à cause du plus large champ auquel s'applique l'écologie, au sens le plus commun du terme, en fonction du monde d'aujourd'hui. L’intelligence nous a permis de remplir totalement notre nid, elle nous a aidé à acquérir des techniques de communication à l'échelle du monde. Mais il faudra de la sagesse pour équilibrer nos différents besoins et nous permettre de nous comprendre vraiment les uns les autres.
Jan : Quelle est la différence entre une personne intelligente et une personne sage ?
Peter : Bonne question. Qu'en penses-tu ?
Jan : Je crois qu'une personne intelligente possède un lot de solutions pour atteindre des objectifs dans le monde environnant. Un sage est quelqu'un pour qui ce qui est extérieur à lui correspond à ce qui est intérieur et vice-versa.
Peter : Pour moi un être intelligent est plus dissocié. Il ou elle "réfléchit à propos de" et opère sur le monde. Un sage a un espace solution plus vaste. Il ou elle opère à travers sa part du flot de la vie, comme en deuxième position avec la vie elle-même. La sagesse vient souvent avec la maturité. L'intelligence est généralement plus associée à la jeunesse. La sagesse devient plus importante à mesure que la PNL prend de l’age.
Jan : Je crois que la sagesse est dans la personne et non dans le modèle. Mais un modèle peut restreindre la sagesse ou lui permettre de se développer. Enfin, la sagesse dépend des relations que la personne entretient avec son modèle. On ne peut pas former une personne à devenir sage, mais on peut créer les conditions d’émergence de cette sagesse.
Peter : Cela demande de la sagesse. Je pense qu'il est important que nous (formateurs) soyons des modèles de sagesse pour les autres, ceci dit sans faux-semblants. Et de permettre à notre modèle de grandir pour qu'il devienne encore plus sage. Sous bien des aspects, cela implique un retour aux sources orientales avec des yeux et des oreilles fraîches. La bas l’étude de l’expérience subjective a une très longue histoire, bien plus longue que l'histoire de la PNL.
Nous devrions examiner certains de leurs présupposés et épousseter tout un tas de généralisations, de sélections et de distorsions tout en sachant qu'il y a là un riche matériel qu'il serait utile de modéliser. Shankara dit : "Je suis réalité sans commencement, sans équivalent. Je n'ai pas de part dans le jeu du "moi" du "toi" du "ce" et du "cela". Je suis Brahmane, seul sans second, félicité sans fin, vérité éternelle et inchangée....je réside à l 'intérieur de chaque être comme l’âme, la conscience pure, la source de tout phénomène, intérieur ou extérieur. Je suis en même temps la joie et la source de cette joie. Pendant le temps de mon ignorance, je pensais à ces choses comme séparées de moi. Maintenant, je sais que je suis le tout". Lorsque Shankara dit cela, nous devons prendre note qu'il ne s'agit pas là de croyances révélées mais bien de la voix qui prend sa source dans l’expérience. Avec nos méthodologies PNL, de nombreuses personnes approchent de telles expériences à mesure qu'elles vont plus au coeur d'elles-mêmes. C'est en train de devenir un lieu commun que de dire que les expériences intenses des mystiques, les intuitions des saints et des sages, dans un vaste choix de cultures, s’approchent des plus récents modèles des scientifiques qui décrivent une unité de l'esprit et de la nature beaucoup plus que des modèles hérités de la pensée cartésienne ou de Newton. Peut-être pouvons-nous définir et empaqueter la sagesse mais sans doute pouvons-nous surtout apprendre beaucoup de cette sagesse et créer les conditions de son expansion.
Jan : Une part de ce processus implique que nous pensions la PNL de manière plus systémique. Des pas dans cette direction ont déjà été faits, mais je pense que l’on peut aller encore plus loin. Prenons conscience de combien les présupposés de la PNL sont linéaires. Et commençons à nous demander comment ils seront transformés si nous pensons de manière plus systémique. Par exemple, de jeunes formateurs pensent que leur carte est la bonne pour enseigner la PNL...
Peter : Et il est sans doute préférable de commencer en croyant cela que le contraire !
Jan : Mais si chacun pense que sa carte est la bonne et que les cartes sont différentes, nous commençons à nous mettre en contradiction avec nos propres présupposés. Je me souviens d'un professeur de philosophie belge qui disait à ses étudiants que l'on ne pouvait pas comprendre un philosophe tant que l'on n'avait pas la volonté d'accepter qu'il puisse avoir raison. Qui de nous est prêt à faire cette démarche?
Peter : Comment pouvons-nous nous évaluer les uns les autres dans le monde de la PNL? D'une certaine manière nous devrions être prêts à remettre en question notre propre carte. Dans quelle mesure des formateurs faisant un jugement sur l'enseignement d'un autre, met-il en question ses propres présupposés ? Faire des commentaires sur la manière de faire des autres est souvent une manière de se renforcer dans nos propres convictions. Et pourtant, du point de vue d'un espace méta par rapport à un modèle, chaque modèle est riche et valable.
Jan : Et nous devons aussi respecter l'intégrité de nos propres premières positions. Comme le dit Teresa Robbins dans sa lettre: "Dire que la carte n'est pas le territoire ne signifie pas nécessairement que toute carte est aussi riche de possibilités, ni qu'il n'est pas bon d’établir des frontières ou un "set" commun de règles du jeu" Que se passera-t-il si des Instituts de PNL invitaient régulièrement des formateurs venant d'Instituts porteurs d'autres cartes et valeurs ? De ces différences pourraient naître un enrichissement des cartes et du monde de la PNL. Nous avons passé un bon moment à parler des présupposés implicites de la PNL. Je crois que nous sommes d'accord pour penser que ceux-ci méritent que nous nous penchions à nouveau sur eux pour les rafraîchir. Mais je m'intéresse aussi aux présupposés explicites que nous enseignons en PNL. Je pense que plus nous pouvons les intérioriser, plus nous serons capables d’enseigner et pratiquer la PNL. Si telle est leur fonction, la question n’est plus de savoir s’ils sont adéquats ou inadéquats en tant que présupposés, mais bien de savoir comment nous pouvons faire en sorte qu'ils soient plus fonctionnels dans notre vie. Les comprendre intellectuellement et bien les connaître ne suffit pas. II faut qu'ils grandissent en nous. Un formateur doit les manifester dans ses comportements et, autant que possible, dessiner des exercices qui permettent de les amener aux autres sous forme d'expérience.
Jan : Je pense que là réside un plus issu du coté provoquant de certains de nos présupposés. Ils sont formulés de telle façon qu'ils déstabilisent la carte habituelle des gens. Par exemple: "Si c'est possible pour quelqu'un c'est possible pour moi" et "Tout comportement est au service d'une intention positive" font toujours réagir les nouveaux venus dans la PNL. Ils rejettent certains des présupposés des futurs praticiens et ouvrent un espace dans lequel quelque chose de plus libérateur peut s'insinuer.
Jan : Une des approches serait d'examiner un problème et de l'explorer à partir de plusieurs positions perceptuelles à la lumière de nos présupposés.
Peter : Ceci est une démarche très utile, d'autant que la validité des perceptions multiples est en elle-même un présupposé de la PNL et un de ceux qui contribue à une compréhension plus approfondie de ces présupposés qui invitent pour la plupart à un changement de point de vue, ce que nous nommons un changement d'index référentiel. "Tout comportement est au service d'une intention positive" par exemple invite à la deuxième position. "Le sens de notre communication est dans la réponse qu'elle provoque" invite à un mélange de première, deuxième et troisième position. Pouvons-nous réellement comprendre en nous la relation entre carte et territoire sans faire appel à la première position et la méta-position et, si cela concerne les autres sans seconde position ? Cependant il y a une limite au-delà de laquelle on ne peut aller dans un contexte de formation. Chacun de nous a ses propres convictions à un niveau très profond qui influencent notre manière de bouger dans le monde et cela peut être en contradiction avec les présupposés de la PNL.
Jan : Par exemple: "Le diable est prêt à m'attraper, mais je vous aurai avant"
Peter : Ou bien: " Je suis un ver qu’on ne peut aimer mais je serai damné si je l’admets" Certaines de nos croyances centrales sont si bien cachées et camouflées qu'on ne pourra jamais les examiner dans le cadre d'une formation. Une personne pourra admettre les présupposés de la PNL jusqu’à un certain point, mais dans certains contextes, les vieilles croyances enracinées dans le roc du non-sens seront toujours les plus fortes. Cela nous ramène à la nécessité pour chacun de continuer son travail personnel, même à un niveau élevé en PNL, de le faire avec sagesse et humilité et à un niveau profond.
Jan : Mais cela est souvent impossible à cause de la conviction du formateur que sa carte est le territoire et, à ce titre, vraie et non confrontable.
Peter : II y a là un ferment de vérité. Malgré tout, notre objet ici est de parler des différences sans avoir à les changer et j’espère que notre dialogue stimulera d’autres personnes. Si nous n’abordons pas certaines des problématiques dont nous nous sommes entretenus ici, nous risquons de créer un monde auquel personne ne serait d'accord pour y appartenir ! Heureusement il y a plein de vitalité et de créativité dans notre domaine, plein de choses à explorer dans ce champ de l’expérience humaine.
Jan : Oui. Je serais curieux de savoir ce que deviendrait la PNL s'il elle véhiculait un présupposé tel que : "Tu ne pourras jamais être plus heureux et avoir plus de succès qu’un autre"
Peter : Ce serait un bon point de départ pour notre prochaine rencontre.
Article publié dans NLP World The intercultural journal on the theory and pratice of neuro-linguistic programming Volume 1, N° 1 March 1994
Nos vifs remerciements à Claude Traube pour la traduction de cet article.
Les deux personnages de ce dialogue, « Jan » et « Peter » sont purement fictifs. Les points de vue qui leur sont attribués ici peuvent ou non correspondre à ceux des entités vivantes Jan ARDUI et Peter WRYCZA. Ces derniers sont de toute façon des propriétés émergeantes de leur propres « carte de la réalité » ou de celle d’autres. Cet article émane d’un continuel dialogue et en particulier d’une réunion qui s’est tenue à Antwerp en Décembre 1993.
Bibliographie :
Maurice Berman , The Reenchantment of the World : coming to our Senses.
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